Ce matin, une fois de plus, j'ai emergé de mon sommeil, à moitié nauséeuse et avec l'estomac en plomb.
Ca fait bien longtemps que cet état n'est plus dû aux nombreux excès de ma jeunesse.
Ca fait bien longtemps que mon estomac est assailli par toutes sortes de médicaments.
Et chaque année, quelque chose de nouveau, nécessitant un nouveau traitement, viens se greffer à mes nombreux amis sensés me soigner.
J'ai compté hier, et chaque jour, j'ingurgite 17 médicaments.
17 petites pilules blanches ou jaunes, chacune ayant son utilité.
La plus grosse partie est là pour calmer les grosses, très grosses douleurs lombaires que provoquent cette £¨+¨$^=^p de hernie discale.
Non mais, j'aurais pu en laisser pour les autres quand même, et au moins faire l'impasse sur cette hernie, qui ne risque pas d'être operée, vu les autres problèmes de santé qui bloquent à chaque fois.
Je vois un autre neurochirgien lundi, on verra bien.
Donc 8 gélules anti-douleurs, plus 2 décontractants musculaires pour soulager le côté droit où, il n' a pas de hernie, mais sur lequel j'ai pris l'habitude de me reposer pour, si ce n'est ne plus avoir mal, au moins être soulagée.
A ces gélules jaunes, s'ajoutent deux cachets pour l'asthme sévère qui m'habite depuis quasiment ma naissance, dont l'un est miraculeux, car me permet de vivre et surtout respirer normalement, mais, comme il y a toujours un mais, est bourré de cortisone.
No comment sur les effets de la cortisone sur l'organisme.
Pour continuer la danse, j'avale en plus, mes deux précieux comprimés qui maintiennent mon myelome dans un état satisfaisant du moins, pour l'instant.
Un jour, ils ne suffiront plus, vu que mes défenses immunitaires s'amenuisent de plus en plus, et que donc sujette à de trop nombreuses infections qui risquent de me laisser sur le carreau, il faudra bien penser à la chimiothérapie, et à la greffe de moëlle qui s'ensuit généralement.
Je ne pense pas au fait qu'il y a très peu de donneurs, je ne suis pas du genre à me lamenter avant que les choses n'arrivent.
On verra sur le coup, si un généreux anonyme veut bien me sauver la vie, que je sais si précieuse.
Et pour clore "le tour de Flo" (mon prénom) de ces cachets, eh bien, j'avale un prime un petit cachet anodin d'apparence, mais dit de conforts par les pros.
Il me permet de pouvoir encore avaler autre chose que des médicaments, il présèrve mon estomac en carton.
Nos chers dirigeants avaient parlé de supprimer le remboursement de ces médicaments dits de confort; en ce qui me concerne ça n'aurait pas été si grave, mais vous imaginez les personnes en phase terminale qui ne pourraient plus être soulagées?
On marche sur la tête, j'vous l'dis, moi!
Et à ça s'ajoute cette histoire de grippe A.
Je vais faire partie du premier convois des vaccinés.
Mais ça m'effraie un peu car quand je me fais vacciner contre le grippe normale, eh bien, j'en ai pour deux semaines à être malade; mon corps ayant toujours du mal à lutter contre cette injection de bonnes bactéries.
Je suis pourtant bien obligée de me faire vacciner, car dixit mon hématologue "si vous attrapez la grippe A, il est quasi certain que vous mourrez".
Il est rassurant, lui, me direz vous? Mais j'aime autant la vérité vraie, au lieu d'un flot de paroles sans valeurs, édulcoré par les bons sentiments, mais qui au final laisse croire que tout va mieux que ce qu'il en est.
Donc parlons francs, parlons vrais, ça a toujours été ma façon de fonctionner, ça ne va pas changer parce que j'ai cette putain de saloperie de crabe qui me tient compagnie, alors que je ne lui ai rien demandé.
Donc voilà, pourquoi le matin, je me lève pire que si j'avais bu deux cubits de vin.
Mais je me lève.
Je me lève de très bonne humeur, je souris à mes enfants, je fais tout pour qu'ils aient une enfance la plus normale possible;, même si parfois il est vrai que je suis obligée d'abdiquer car trop mal au dos, au ventre, à l'estomac, ou trop fatiguée tout simplement.
Mais je me lève.
Les gens souvent me disent que je n'ai pas l'air malade.
Et pour cause!
Pourquoi faudrait-il ramper par terre quand on est malade? pourquoi faudrait-il arrêter de vivre?
Pour les gens, il faudrait pleurer tous les cinq minutes, et surtout, surtout, totalement se laisser aller, sous peine de ne pas se faire plaindre.
Eh bien qu'on ne me plaigne pas moi; ça me m'interesse pas.
Quand on m'a annoncé mon cancer, j'ai dit à Mister :
"-allez, viens, on va au restau, j'ai super faim"
La vie continue, la vie a continué.
J'ai mis au monde mon fils, sous l'oeil desapprobateurs des médecins.
Je pars en vacances, souvent; je sors, beaucoup.
Je fais pleins de choses qui me sont déconseillées, mais il ne faut pas exagerer, je ne suis pas grabataire, ni mourrante.
Je ne veux pas que mes enfants se souviennent de leur mère affaiblie et qui ne voulait rien faire avec eux.
J'ai toujours été comme ça, mais en début d'année, ma belle-soeur, la femme de mon frère est morte très vite du cancer du sein contre lequel elle a lutté pendant trois longues années.
Et j'ai pris conscience que je pouvais mourir aussi, de ça.(même si ce n'est pas le même cancer)
Elle est partie à 41 ans, laissant un amour qui durait depuis 19 ans, et surtout deux petites filles de 8 et 4 ans, dans un total desespoir.
Mes enfants ayant 11 et 4 ans, j'ai paniqué.
Je mets donc les bouchées doubles pour vivre au mieux, pour que leurs souvenirs soient ceux d'une enfance heureuse, entourés de parents qui s'aimaient et qui auraient tout donné pour eux.
Mister ne dit trop rien, mais panique aussi.
Il ne me quitte pas des yeux, a déjà subi une annonce comme quoi je n'allais pas passer la nuit, et donc me surprotège et me gâte un peu trop d'ailleurs, comme les gosses lol.
Parfois ça m'enerve, qu'il me couve comme ça, qu'il me déplie mes mouchoirs si je lui en demande un, qu'il me presse mon jus de pamplemousse le matin, alors que j'aurais bien pris orange, juste cette fois dans l'année; mais je ne peux pas lui reprocher.
Il fait tout pour moi, se fend en deux au détriment de lui même.
J'essaie de rétablir la balance, mais il me dit qu'il n'a pas conscience de se priver d'une quelconque liberté ou autre, l'essentiel est que moi, je sois bien.
Donc voilà, je me lève le matin, nauséuse et patraque, mais vite, vite, je souris, et hop, la journée démarre, la vie continue.
Si je perds cette bataille, mes enfants se souviendront de leur mère, telle qu'elle était.
Souriante et contente de vivre, fourmillant de mille idées d'aventure.
Mais je ne l'ai pas encore perdue cette bataille.
Et compte bien la gagner.
Non, mais ho. C'est mal me connaître.
Photo prise l'an dernier, près du canal du midi.