Hier, j'ai rencontré une dame.
Une dame toute simple, entre deux âges, chaudement vêtue malgré la chaleur estivale de cette journée.
Elle ne savait pas quoi dire, et donc me regardait d'un air étonné, curieuse peut-être de savoir ce que je faisais là, dans cette association ouverte aux plus démunies, ou aux gens en detresse psychologique, aux pauvres hères tout simplement.
Cette dame entre deux âges, à qui j'aurait donné quarante ans passés, n'en avait en fait que 32.
Son manteau trop chaud pour la saison, cachait une maigreur impressionnante et une detresse indicible.
Ce petit bout de femme mourrait.
Tout simplement.
De faim, de peur, de froid, de tout.
Je la vois me raconter qu'elle n'a pas de famille, que sa mère ne veut pas entendre parler d'elle, qu'elle ne connait plus personne, que ses amis lui ont tourné le dos, et que là, elle n'a eu d'autres solutions que de voler pour manger, et qu'elle s'est retrouvée au commissariat.
Elle a les larmes au bord de yeux, tout le temps qu'elle parle, mais rien ne coule, elle est éteinte.
Je l'ai orientée vers un service d'aide en urgence, pour qu'elle puisse au moins manger un peu, et obtenir une aide immédiate.
Je me suis engagée à l'accompagner chez une assistance sociale afin qu'elle puisse trouver une solution à ses problèmes.
Elle est au bord de l'expulsion de son logement, paniquée à l'idée de finir à la rue.
Le temps que la procédure se mette en place, la trêve hivernale lui donnera un sursis.
J'ai eu envie de lui glisser les billets que j'avais dans mon porte-monnaie, j'ai eu tellement envie de l'aider.
Mais il m'est formellement interdit de déroger à cette règle, la direction ayant peur que les jugements des bénévoles soient alterés, et qu'ils commencent à distribuer de l'argent à tout et n'importe qui.
Souhaitant rester encore un peu dans ces lieux, je ne lui ai rien donné.
Si ce n'est un rendez-vous dans l'après-midi à la mairie pour aller chercher des bons alimentaires et trouver de quoi manger sur sa table le soir-même.
Dans deux semaines, je la revois pour aller chez l'assistante sociale qui l'orientera vers une aide certaine.
Je ne suis que bénévole.
Je ne pouvais rien faire de plus.
Et pourtant, j'ai des remords plein la gorge, et je n'arrête pas de penser à elle;
A cette petite dame toute chétive, toute perdue.
Je me demande comment on peut en arriver à être seule dans la vie, à ne plus pouvoir compter sur personne.Comment on peut être abandonné de tous. Comment la rupture familiale peut être telle qu'on préfère mourir de faim qu'appeller sa mère à l'aide.
Mister m'a donné la réponse.
Quand on voit,comment les gens laissent crever les autres, comment on peut mourir sans que personne ne s'en rende compte, sans que personne ne s'en inquiète,quand on voit comment les gens sont méchantsn on ne devrait plus s'étonner de rien.
Quand on voit qu'on est vite oublié, qu'on est vite remplaçé.
Nous même avons été moults fois poignardés dans le dos, moults fois été plus que pris pour des moutons.
Pourtant je persiste à vouloir croire en les gens, à vouloir les aider, et vouloir croire en une amitié réelle.
Pourtant je sais que beaucoup de gens t'ejectent quand ils n'ont plus besoin, ces mêmes gens qui savent pertinemment que tu accouras au moindre pépin, et qui ne se gênent pas pour se faire oublier quand l'inverse arrive.
Je le sais tout ça.
Et pourtant, je ne crois pas qu'on puisse sciemment laisser quelqu'un mourir de faim.
Mais si, ça existe, et je me dis que quoiqu'il arrive, je resterais droite dans mes bottes, et qu'on pourra toujours compter sur moi.
Tout simplement parce que je refuse que mes enfants grandissent avec l'idée que les autres peuvent crever en paix, sans être inquietés par une quelconque bonne âme à qui on a rien demandé, d'abord.
Je me suis faite une raison, à savoir qu'ils grandiraient avec l'idée qu'ils ne pourront compter que sur eux mêmes, et que les amis, les vrais, ne courent pas les rues.
J'espère qu'ils choisiront mieux leurs amis que moi, en tout cas, lol.
Bref, quoiqu'il en soit, hier j'ai eu de la peine pour cette dame que je n'avais jamais vu une heure auparavant.
Et je me dis que c'est bon signe,et que malgré mes désillusions, mon coeur ne suit pas ma colère.
Franchement, je ne comprend pas que ça ne coule pas de source pour beaucoup.
Mais c'est comme ça.
Hier, j'ai eu de la peine.
Et je ferais tout pour aider cette jeune femme entre deux âges, mais surtout entre deux misères.
Photo prise cet été sur la plage, une lueur d'espoir dans le gris du ciel.